Le projet-jeunes de Tokombéré

Par le père Grégoire CADOR, Tokombéré

Depuis plus de dix ans on parle d'un "projet-jeunes de Tokombéré" dans les journaux à la télé, dans les conversations... Dix ans, c'est peu... Dix ans, c'est beaucoup. Beaucoup de choses ont évolué à Tokombéré, au Cameroun et dans le monde entier et, comme il se doit, le projet-jeunes de Tok, lui aussi, a évolué et s'est developpé. Les jeunes engagés dans les divers secteurs d'activités du projet nous font découvrir d'une manière assez complète ce qui se fait avec eux dans la mouvance de ce fameux "projet".

Comme le savent ceux qui connaissent le projet global de développement de Tokombéré, le "projet-jeunes" s'inscrit dans une vaste entreprise de développement et de promotion de l'homme pris dans sa globalité. Cela veut dire que à Tokombéré nous sommes convaincus que l'avenir de notre contrée et surtout des hommes et femmes qui l'habitent, ne peut se réfléchir que d'une manière globale. L'homme, pensons-nous, ne peut avancer qu'avec tout ce qui le constitue comme homme, aussi bien dans sa personne individuelle que dans sa relation au monde, à Dieu et à ceux avec lesquels il lui est donné de vivre.

C'est pourquoi, à la suite de Baba Simon qui voyait en tout homme le visage possible du Christ, et donc un frère; à la suite de Jean-Marc ELA pour qui "l'Église doit participer à l'accouchement d'une société où reprennent place tous les humiliés de la terre africaine" , à la suite et à l'appel sans cesse renouvelé de Christian Aurenche qui nous invite à regarder l'homme dans sa globalité, nous avons progressivement inventé, depuis bientôt 36 ans un chemin de vie éclairé par l'évangile. Le Projet-Jeunes n'a donc pas d'intérêt pour lui même, il n'a d'intérêt que s'il s'inscrit dans la volonté d'ouvrir avec tous: jeunes, enfants, adultes, viellards, un avenir qui donne des raisons d'esperer.

Mais alors pourquoi un "Projet-Jeune" dans le projet global ?

Le souci des jeunes et de leur avenir habitait le coeur de Baba Simon qui a tant investi pour les jeunes et leur formation (ce n'est pas pour rien que le Collège qui a vu le jour 15 ans après sa mort porte son nom!). Le Foyer Aimé Césaire (ouvert en 1973 par Jean-Marc ELA) se voulait lieu de réflexion et d'éveil à la conscience politique pour les jeunes (ce qui valut d'ailleurs sa fermeture par l'autorité administrative). Le Foyer des Jeunes, quant à lui né en 1984, s'inscrit dans la la suite logique de la réflexion menée autour du thème de la santé perçue non plus comme l'unique absence de maladie, mais comme un bien être de la personne insérée dans son univers quotidien et inscrit dans une histoire.

Les jeunes font partie de cette société, non pas comme ceux qui doivent hériter d'un passé qui n'aurait pas besoin d'évoluer, ni comme ceux qui ne sont que la richesse d'une sociéteé(40.000 jeunes sur 70.000 habitants environ !). Les jeunes sont l'élément le plus dynamique et parfois aussi le plus turbulent de cette société. Étant confrontés les premiers à l'évolution fantastique que vivent nos cultures, les jeunes doivent être préparés et armés, initiés pourrait-on dire, pour inventer et créer les chemins nouveaux. pour cela il est indispensable qu'ils soient accueillis, écoutés et soutenus dans leur effort pour devenir les responsables de demain.

L'expérience du F.J.T, petit ruisseau devenu grand mayo (rivière de saison des pluies) en quelques années, nous montre que l'intention était bonne:confier aux jeunes des responsabilités à leur mesure, leur donner la liberté nécessaire pour onventer, les soutenir sans les couver , nourrir leur réflexion, élargir leur horizon tout en les invitant &agrve; s'enraciner dans leur histoire locale, les insérer dans la vie du village et de la société, leur assure la possibilité d'une formation de bon niveau, sont autant de voies d'épanouissement et de maturation que la société se doit d'offrir aux jeunes. Par toutes les activités qu'il va mettre sur pied et développer, par ses réussites mais aussi ses échecs, le jeune va progressivement développer sa personnalité et apprendre à la maîtriser et à l'orienter en fonction des choix qu'il aura appris à faire. Il deviendra , progressuvement, un acteur essentiel de la société qui est la sienne. Ce "programme" pourra paraître à certains, très beau peut-être, mais bien utopique!

Responsabiliser les jeunes d'accord mais comment ?

Le lecteur qui découvrirait Tokombéré en lisant cette page web serait en droit de penser qu'il s'y fait beaucoup de choses avec et pour les jeunes. Qu'il prenne conscience toutefois que toutes les activités décrites sur ce site sont le résultat d'une longue et patiente expérience sans cesse remise en question et interrogée par ses divers responsables, jeunes et adultes.

Regroupés autour de cette conviction que si on lui confie des responsabilités, le jeune peut donner le meilleur de lui même, le premier gouvernement du Foyer des Jeunes de Tokombéré a vu le jour en 1984. Sa réflexion sur la réalité et sur les difficultés rencontrées dans la vie scolaire ont rapidement donné naissance aux Sarés, puis aux chantiers de vacances. L'échec des démarches multiples effectuées auprès de l'administration pour l'ouverture d'un collège public à Tok, nous a conduit à ouvrir le premier Collège privé diocésain, avec un projet pédagogique réfléchi et adapté aux besoins du milieu (1990) , l'accompagnement des jeunes du C.E.S public (finalement ouvert un an aprè le collège) a provoqué la création de l'aumônerie (1992/93).

La question des filles et de leur formation a donné naissance à la promotion féminine (1992). Les pemiers rassemblements à thèmes ont vu le jour en 1990, pour répondre à un besoin de nourrir une réflexion de fond qui puisse s'ouvrir à d'autres groupes de jeunes venus du Cameroun ou de l'étranger. C'est le déracinement des jeunes qui a présidé à la création des académies Mouyang (1985) et Zoulgo (1993), en attendant la suite... Les mini-foyers (1992) sont la preuve que le projet est bon et que les villages, à leur tour, ont voulu organiser la réflexion avec leurs jeunes qui se sentent de plus en plus partie prenante de l'avenir de leur région. La question de l'avenir et la conscience d'avoir beaucoup reçu du projet -jeunes a suscité l'envie de relancer les Cop-Mondes un peu endormis, et l'animation des enfants des quartiers pour les initier progressivement à la prise des responsabilités (1994/95) et les mettre en route... La difficulté de trouver des débouchés "tout prêts" après les études nous conduit à réfléchir l'insertion dans la vie active et le soutien à la création des petites entreprises en tout genre (1994).

Pendant ce temps, le Foyer restait et reste la référence première et le tronc d'arbre d'où sont sortis les branches multiples du "Projet-jeunes". Son mode de fonctionnement: gouvernement élu par les jeunes chaque année, assemblée générale annuelle, révision régulière de son réglement par celle-ci, s'est progressivement affiné. Mais nous sommes arrivés à un stade où la structure a besoin d'évoluer pour réussir à assumer tout ce qu'elle a engendré. On ne s'organise pas dans une famille de deux enfants comme dans une de dix! Ici ou là, le fonctionnement et la communication entre les différents "volets" du "projet-jeunes" grincent un peu et peuvent engendrer à la longue des tensions nuisibles à l'ensemble. Il nous faut réfléchir ensemble pour trouver comment réharmoniser l'ensemble du projet, sans renier le passé ni étouffer les jeunes pousses et les idées nouvelles... Le gouvernement du F.J.T, tel qu'il existe actuellement, ne peux pas assumer ré,ellement, sérieusement et efficacement, la cohésion de la ttotalité du projet-jeunes. Deux fois dans l'année 1996, nous avons réni les responsables des diffé,rents secteurs d'activités du projet(la deuxiè,me fois, nous étions 53) pour essayer de mieux nous connaître et de mieux comprendre les nouveaux enjeux et défis qui se présentent à nous. Lors de l'Assemblée Générale, il nous faudra faire des propositions pour une nouvelle structuration qui prenne en compte toutes les nouveautés. Il nous faudra être attentifs à l'esprit dans lequel nous avons toujours voulu travailler à, savoir: la responsabilisation des jeunes insérés dans un mouvement de développement qui englobe tous les acteurs de la société, à la lumière de l'Évangile.

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