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Homélie du Cardinal Christian TUMI lors du 20ème anniversaire de la mort de Baba Simon.
Dans nos pays africains, quand on parle de missionnaires,
on pense généralement à un expatrié blanc,
baraqué comme un colon, mais dont le visage généralement
orné d'une belle barbe , tantôt noire, tantôt blanche et
parfois rousse, relevée, pour certains de favoris broussailleux,
souligne la bonhomie et la sympathie du messager de la Bonne
Nouvelle.
Baba Simon est le prêtre Camerounais qui, pour la première
fois dans notre pays, a démenti cette conception traditionnelle.
Venu du Diocèse de Douala, l'Abbé Simon Mpèckè, de son vrai nom,
eut l'idée d'aller au Nord Cameroun, après avoir lu
un article dans le journal intitulé "les Études
Camerounaises" paru en 1947. Il lui a été offert par le
sous-prefet de Mora d'alors, Monsieur LANDERVEC. L'Abbé Simon
faisait encore ses études au Grand Séminaire.
Après l'ordination sacerdotale, devenu curé de la paroisse de
Notre Dame des Victoires de New-Bell À Douala en 1954, il
exposa à son évêque, Mgr Bonneau, son désir d'aller au Nord Cameroun.
Celui-ci, après s'être rendu lui-même au nord Cameroun, vint
voir l'Abbé Simon et lui dit: "Si j'étais jeune je
te demanderai à y aller, mais maintenant c'est trop tard.
Il ajouta: moi je ne puis réellement juger
ton cas pour aller au Nord ou rester ici."
À la mort de Mgr BONNEAU, raconte Mgr PLUMEY, l'Abbé Simon vint
trouver Mgr MONGO et lui dit qu'il fallait arranger cette affaire.
Voici ce que lui répondit Mgr MONGO:" Tu demandes à aller
toujours au Nord Cameroun. Je ne te permet pas d'y aller , mon ami,
c'est moi qui t'y envoie. Si on te demande pourquoi tu es venu
ici, tu dois dire que C'est Mgr MONGO qui t'a envoyé parce qu'il
pense que notre christianisme au Cameroun ne sera solide que lorsq'il
reposera sur les deux pieds, le Nord et le Sud.
Baba Simon s'est mis en route sans prétention. Il savait qu'il
allait à la rencontre d'une autre culture.
Il s'est donné le temps de connaître les Kirdis et de devenir
l'un d'eux, afin de vivre avec eux l'évangile en Kirdi.
Il a appris le Kirdi et il s'est si bien intégré parmis eux
qu'un chef du culte Mouyang témoignait, devant Baba Simon lui-même
en ces termes:
"Nous les gens de la montagne, nous n'avons en plaine qu'un seul ami.
C'est toi, Baba Simon: pourquoi toi seul? Parceque tu es venu sans escorte
et que tu es accueilli par tout le monde: ZOULGO, MOLOKO, MBOKO, GUEMJEK,
OULDEME, MADA, MOUYANG. Baba! Tu as fait amitié avec tout le
monde. Tu es notre père, tu es notre mère. Tu t'occupes de nous
comme un vrai parent. Tu es devenu la tête de la grande famille
des Kirdis."(Mission Tchad-Cameroun, p.332).
Baba simon, envoyé au Nord est devenu Kirdi avec les Kirdis.
À l'instar du Christ qui s'est fait l'un de nous avec nous(Emmanuel),
pour mieux nous réveler Dieu, Baba Simon a préferer
devenir Kirdi pour mieux vivre l'évangile avec eux.
Écoutez encore Mgr PLUMEY raconter comment Baba Simon évvangélisait l
es montagnards: "Les villages de la montagne ont reçu la visite
de ce prêtre venu du diocèse de Douala. Pendant quinze ans sur la piste
rocailleuse brûlée de soleil; parfois sous la tornade, en saison
des pluies, ce prêtre déjà âgé, fatigué, montait lentement vers le village,
il franchissait ses petites terrasses qui exigent des prodiges
d'ingéniosité aux habitants ... Baba Simon a
parcouru toutes ces pistes, il a passé ses soirées accroupi près des gens,
à la lumière du feu du saré familial, il a expliqué les paraboles de
Jésus de Nazareth qui ramassent dans l'univers toutes les beautés de la création,
la terre, la semence, la maison. Avec Baba Simon, les enfants
apprenaient par coeur l'Évangile.
Ils étaient fièrs ensuite d'aller le répeter aux autres. Peu à peu,
dans les villages, le dimanche
les cathéchistes qui avaient été instruits de l'Évangile,
devenaient capables de faire une homélie
dans le propre dialecte des gens"(M.T.C. p.330).
S'agissant de la fécondation de la tradition par l'Évangile,
il faut tout d'abord remarquer qu'il
y a quelque chose de Dieu en ce qu'est l'homme et en tout ce que fait
l'homme. Car, en effet, l'être humain: ce qu'il est et ce qu'il a, est un don de
Dieu. L'Évangile ne fait que purifier et enrichir
ce qu'est l'homme et ce qu'il fait: c'est à dire sa culture.
Baba Simon avait découvert que les Kirdis ont une notion de Dieu "comme Père,
la prière à Dieu, les sacrifices pour Dieu, la fête de Dieu avec la
bière pour Dieu! Ça c'est formidable! Mais lorsque je parlais- poursuit
Baba Simon- à un lépreux de Dieu en trois personnes le Père, le fils et
l'Esprit-Saint. Ah, me disait-il, tiens ça je ne le savais pas!"(M.T.C.p.330).
"Baba Simon, remarque Mgr PLUMEY, qui travaille sans relâche pour amener
ces gens qui lui ont été
confiés à la foi catholique est bien conscient des obstacles, des empêchement,
des risques de l'évangélisation."
Devenir chrétien pour un kirdi est une véritable rupture avec son passé...
La réligion catholique les lance vers la civilisation occidentale; ce n'est
pas la leur; elle ne cadre plus avec leurs
sacrifices de la montagne.(M.T.C. p.331).
Bien sûr l'Évangile fait éclater les cultures. Certaines ne résistent pas à son
emprise et subissent une transformation radicale. Aucune culture ne peut
accepter l'Évangile sans sacrifier quelque chose de son état primitif.
Aussi, la rencontre de l'Évangile avec les cultures est une opération
psycho- socio-culturelle et dont le résultat est tout simplement la
christianisation.
La réponse que cette provocation donne aujourd'hui est bien la christianisation.
En effet, le
message de Baba Simon chez les Kirdis, avec l'Évangile, ne peut laisser
aucun d'eux indifférent.
Ils sont tous confrontés à une alternative: choisir le christianisme ou la religion primitive.
Ce qui revient à constater sociolgiquement que le peuple Kirdi est divisé en deux cultures:
ceux qui ont adopté la culture chrétienne et ceux qui s'attachent À la culture païènne.
Rien d'étonnant. Le Christ lui-même dans l'Évangile de Luc(ch.12 v.51) nous a prévenu en ces termes:
Pensez-vous que ce soit la paix que je suis venu mettre sur la terre? Non, je vous le dis, mais
plutôt la division"
Il n'en demeure pas moins que le bien que Baba Simon a fait aux Kirdis en leur apportant l'Évangile
reste l'héritage de tous les Kirdis:Chrétiens ou non. En effet, un Kirdi aujourd'hui, ne peut pas
vivre sans être en contact avec le fruit de cette évangélisation: même s'il rejette le christianisme.
Pour s'émanciper à notre époque, on ne peut plus se passer de l'école, comme certains Kirdis l'ont
rejeté dans le passé. Pour connaître et benéficier des progrès scientifiques, il faut être instruit.
Pour donner un sens à sa vie et conquérir en cette vie et le bonheur dans l'autre, il faut adhérer
au salut de Jésus, en acceptant de porter sa croix, chaque jour, à la suite du maître(Cf Lc 9,23).
Vous, qui êtes jeunes, plein d'entousiasme, de générosité, d'ardeur et d'idéal, si vous voulez
vous montrer dignes de vos pères qui ont accueilli l'Évangile dans cette partie septentrionale
du Cameroun, vous savez ce qui vous reste à faire: relever le défi qu'ils vous ont lancé en vous léguant,
non pas seulement le culte païen mais le christianisme avec.
À vous de jouer pour le meilleur dans la lumière du Christ !
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